Le texte qui suit est tiré d’un Mémoire sur le projet de Loi C-11, présenté au Comité permanent des transports de la Chambre des communes du Canada préparé en 2006 par Le Regroupement des Citoyens Contre la Pollution, un groupe de citoyens de Charny qui avaient également entrepris des démarches contre les bruits abusifs des trains du CN en zone résidentielle.
Il est prouvé scientifiquement que le bruit provoque une accélération du rythme cardiaque et une élévation de la tension artérielle. Les gens exposés à un bruit de trafic routier oscillant entre 60 à 80 décibels (dB (A)) courraient même un risque accru d’infarctus du myocarde. Le bruit favorise en outre certaines affections gastro-intestinales, ainsi que des troubles du système nerveux. L’exposition au bruit influe même sur la vision, provoquant un rétrécissement du champ visuel, une moins grande précision dans l’appréciation de la profondeur, une réduction de la vitesse de perception des couleurs et surtout une altération de la vision nocturne.
Le bruit est un facteur de stress qui se traduit par de la fatigue et de l’anxiété, de la dépression et même, trop souvent, de l’agressivité. La preuve ? Dans les quartiers où les niveaux sonores sont particulièrement élevés, la consommation de tranquillisants et d’antidépresseurs bat tous les records. A cela s’ajoute que le bruit produit des interférences dans la communication. Il diminue également les capacités de concentration et de mémorisation. Dans les écoles situées à proximité d’une autoroute ou d’un aéroport, les élèves apprennent moins vite et multiplient les erreurs. Contrairement aux idées reçues, on ne s’habitue pas au bruit. Des électrocardiogrammes et encéphalogrammes pratiqués pendant la nuit sur des personnes soumises à des bruits continuels (comme un trafic routier intense) l’ont démontré : même si elles ne sont plus conscientes du bruit ambiant, leur organisme continue à y réagir, d’où un sommeil perturbé et peu réparateur.
Si une réglementation sévère empêche les avions de voler la nuit, pourquoi les trains peuvent-ils circuler à toute heure du jour et de la nuit, faisant un tintamarre ahurissant sans distinction du milieu de vie dans lequel ils roulent.
Le bruit généré par le sifflet des trains aux passages à niveau dépasse en intensité et en pression sonore tout autre bruit généré en zone urbaine. Non seulement le débit est-il beaucoup plus intense, mais il advient à toute heure du jour et de la nuit. Dans la seule agglomération ferroviaire de Charny, les trains sifflent à plus de vingt reprises entre 22h00 le soir et 06h00 le lendemain matin. Les micro-réveils provoqués par ces sifflements généralement inutiles sont autant d’heures perdues en productivité et en efficacité pour tous les citoyens vivant à une courte distance des passages à niveau.
Il est étonnant de constater qu’une entreprise comme le CN qui affiche des profits de l’ordre de $3/4 de milliard pour l’année 2005 en circulant dans nos villes et villages puisse agir en roi et maître sur tout le réseau ferroviaire.
À titre d’exemple, la petite municipalité de Saint-Cyrille-de-Wendover près de Drummondville, négocie depuis 1993 l’arrêt du sifflet des trains. Cela fait donc plus de 13 ans que le CN multiplie les conditions, exigences et difficultés qui fait en sorte que ces résidents sont en voie de débourser plus de $1/2 million pour couper le sifflet du CN (Assurances dommages, études de sécurité, Installation de détecteurs, etc…) et enfin avoir une qualité de vie. Cette attitude de la part du CN ressemble étrangement à une forme de harcèlement bureaucratique dont le but non-avoué est de décourager la municipalité ainsi que d’autres qui seraient tentés de les imiter, à entreprendre de telles démarches anti-sifflets.
Ceci nous semble particulièrement grossier et totalement inacceptable; voilà qu’une entreprise qui possède un droit de passage à travers nos villes et villages impose des contraintes telles que la plupart d’entre elles ne pourront jamais faire cesser cette pollution sonore. Le public doit donc débourser des sommes considérables pour se protéger d’un envahisseur qui grâce au réseau ferroviaire engrange des profits monstrueux… Il y a manifestement un problème de partage de responsabilités! Il serait grand temps d’appliquer le principe internationalement reconnu du «pollueur payeur».
De plus, le crissement des roues des wagons de marchandises sur la voie ferrée ajoute à la pénible réalité qu’endurent quotidiennement ces gens. Ajoutez à cela le roulement continu des motrices tournant à plein régime et générant un bruit équivalent à un avion 747 circulant lentement dans votre cour. D’autre part, si vous avez le malheur d’habiter à moins de 1,5 km d’une cour de triage, vous faites vous aussi partie du quart de travail des cheminots qui s’activent dans un vacarme infernal au tri et à l’élaboration des convois, et ce, à toute heure du jour ou de la nuit. Il va sans dire que pour ces familles, le sommeil n’a rien de réparateur.
Sources :
Directives de l’OMS relative au bruit dans l’environnement
Extrait d’un article de Catherine Dubé, disponible sur le site Web de CyberSciences (http://www.cybersciences.com/cyber/fr/magazine/mai_2009/reportages/le_bruit_qui_rend_malade__extrait_.html)
Le bruit qui rend malade
Si la tendance se maintient, nous deviendrons tous sourds, fous ou malades.
Des paniers d’épicerie qui s’entrechoquent dans un fracas de métal. Des jappements de chien qui vrillent les tympans. Ces bruits de la vie quotidienne sont désagréables, certes, mais supportables. Sauf pour Matthieu Guérin: «Je ressens une douleur intense dans les deux oreilles, loin à l’intérieur de la tête.» Le mal met des heures à s’estomper.
Tout a commencé le 25 juillet 2005. Ce soir-là, le jeune homme de Québec assistait à des feux d’artifice au pied des chutes Montmorency. Plus la soirée avançait et plus les explosions des fusées lui étaient insupportables. À la fin de l’événement, il n’était pas devenu sourd, mais hypersensible au bruit.
Alors qu’il faut habituellement 120 à 130 décibels (dB) – l’équivalent d’un moteur d’avion ou d’un coup de fusil – pour faire mal, les oreilles de Matthieu ne pouvaient pas en supporter plus de 50 – le bruit d’une imprimante. Pendant des mois, il est resté cloîtré chez lui. «Je devais mettre des bouchons pour prendre ma douche, raconte-t-il. Entendre couler l’eau était insupportable.»
Depuis, le microbiologiste de 30 ans a pu retourner au travail, mais il ne sort pas sans ses bouchons et n’a plus remis les pieds dans une salle de cinéma.
Pas besoin de souffrir de ce mal étrange (et relativement rare) nommé hyperacousie pour se sentir agressé par le bruit. Trop fort ou incessant, il peut rendre sourd, malade ou fou n’importe qui. Il peut même tuer. C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui le dit! L’institution a entrepris de calculer le coût social et sanitaire de la pollution sonore, comme elle l’a déjà fait pour les polluants atmosphériques. Les conclusions de ses experts, bien que préliminaires, ont de quoi inquiéter. Près de 3% des infarctus qui surviennent chaque année en Europe seraient attribuables au stress engendré par le bruit du trafic aérien, ferroviaire et routier, selon le chercheur Wolfgang Babisch, de l’Agence fédérale de l’environnement en Allemagne. Et on ne parle pas d’un vacarme assourdissant. Un bruit de fond constant de 70 dB, comme celui qu’on perçoit quand on vit au bord d’une autoroute suffit, s’il est présent 24 heures par jour.
En France, il y a des années qu’on s’en préoccupe. En 1992, on a même promulgué une loi anti-bruit. Aujourd’hui, tous les membres de l’Union européenne ont l’obligation de lutter contre cette nuisance. Mais au Québec, c’est le fouillis. Les normes sur le bruit varient énormément d’une municipalité à l’autre; certaines n’en ont pas du tout. «Notre réglementation sur le bruit en milieu de travail se classe parmi les plus mauvaises en Occident», se désole l’audiologiste Tony Leroux, chercheur au Laboratoire d’études sur l’audition de l’Université de Montréal.
cetait bien interresant